...Pas de musique
*Conservatoire
d'Alger 1953 (Le jour du concours)
(Suite des precedents messages)
Mercredi, la salle Ahmed Bey, en clôture de l’événement
«Constantine, capitale de la culture arabe 2015», a résonné de la voix sublime
de la soprano libanaise, Majda El Roumi, laquelle, outre son talent, est une
femme vouée aux justes causes. Mais il m’a été difficile d’apprécier cette
nouvelle dans l’indignation et la colère qu’en suscitait une autre, résolument
triste : la fermeture quasi manu militari du Conservatoire municipal d’Alger,
le plus ancien du pays et le seul du centre-ville.
Mon émoi n’est rien aux côtés de la douleur des 200 à 300
élèves de cette institution et de sa trentaine de professeurs, chassés comme
des malpropres, devenus par la disgrâce d’un oukase administratif les
indus-occupants de la maison de leurs passions. Rien aux côtés du message de
cette amie chanteuse : «Je viens d’avoir une énorme crise de larmes. Tous mes
souvenirs sont détruits».
Un préavis de 48 heures pour déguerpir et voilà tout un pan
de notre vie culturelle jeté aux oubliettes, sous prétexte de rénovation des
locaux et, dit-on, d’affectation à un service des passeports biométriques ! Du
mobilier et des archives balancés on ne sait où, des pianos transportés comme
de vulgaires madriers, dont l’un de concert qui se vendrait en Europe aux
enchères.
Au diable la musique, les artistes, l’art et la culture !
Rassurez-vous, leur a-t-on dit, vous serez dispatchés dans les autres
conservatoires ! Pas même le temps de solliciter un recours (garanti par la
toute neuve Constitution), de s’organiser, de pouvoir réagir comme des citoyens
capables de réflexion et non des animaux que l’on chasse d’un enclos…
Pas même le temps de terminer l’année, les examens
artistiques étant prévus à la mi-mai… Ici, l’âme de l’Algérie a été défendue
dans une âpre résistance culturelle qui a vu naître, entre autres, la classe de
musique andalouse de Fakhardji et celle de chaâbi de Hadj El Anka. Le pire,
c’est que ce conservatoire regroupait des enfants des quartiers populaires du
Centre, de ceux que les parents ne peuvent accompagner en voiture et qui ne
pourront se rendre dans les institutions en périphérie comme plusieurs de leurs
professeurs d’ailleurs. Pour la plupart, on a sonné la fin de leur élan
artistique. Ici, c’est plus d’un siècle que l’on efface avec une brutalité de
Cosaque ignorant des belles choses qui ont forgé notre identité culturelle qui,
elle, n’a pas la chance d’être biométrique.
A une centaine de mètres, les troupes coloniales avaient
détruit en 1830 la Qassaïrya, le quartier des libraires où se produisaient
nombre d’artistes.
Elles ont trouvé des continuateurs qui ont le même passeport
biométrique que vous et moi. Aussi, si je suis sincèrement heureux que mon pays
accueille Majda El Roumi, comment ne pas me demander combien de petites Majda
algériennes viennent d’être anéanties dans l’œuf de leurs beaux rêves ?
Ameziane Farhani (le 16.04.2016)
El Watan le 22.04.2016
*Photo site Yafil
...A suivre
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