ON AURA TOUT VU ET POUR CAUSE...
Hafid Derradji qualifié de ‘’terroriste’’
Le président du Zamalek, l’avocat Mortada Mansour qui
n’a pas sa langue dans sa poche a qualifié le présentateur sportif
de Beinsport, Hafid Derradji de «terroriste» pour avoir rendu visite à la
famille de Mohamed Aboutrika lors d’une émission dédiée au Zamalek sur la
chaîne égyptienne Mehwar TV. Il y a 5 jours, Derradji s’est déplacé pour
rencontrer la mère de Mohamed Aboutrika et a pris quelques photos, partagées
par la suite sur les réseaux sociaux. Aboutrika, indésirable auprès des
autorités de son pays et interdit d’entrée en Égypte depuis plusieurs années
est en effet soupçonné au même titre que Mohamed Salah de soutenir le mouvement
islamiste des Frères Musulmans en Egypte. Le mouvement des frères musulmans est
accusé par le pouvoir égyptien de commettre depuis la chute de Mohamed Morsi,
décédé il y a un mois, des attentats contre les éléments des services de
sécurité et des militaires dans le nord du Sinai. Depuis 2013, l’ancien
attaquant d’Al Ahly et des Pharaons d’Égypte vit en exil au Qatar.
Egypte :
accusé de terrorisme, Mohamed Aboutrika reste un footballeur de légende dans
son pays
La finale perdue de la CAN et l’inscription de son nom sur une
liste de terroristes ne suffiront pas à ternir l’image de l’ancien attaquant
vedette de l’équipe des Pharaons.
« Merci aux hommes de
l’Egypte. Vous avez été un modèle de combativité, d’esprit et de détermination.
Rendez-vous à la Coupe du monde 2018, inch’allah. Nous sommes avec vous. » Le message de l’ancien attaquant Mohamed Aboutrika,
publié juste après la défaite, le soir du dimanche 5 février, de l’Egypte
(2-1) face au Cameroun en finale de la Coupe d’Afrique des Nations, a été
retweeté par plus de 11 000 internautes et repris par tous les médias
locaux.
Ce joueur, qui a pris sa
retraite en 2013, est la légende du foot égyptien. S’il n’a pas foulé les
pelouses du Gabon, pays organisateur de la CAN 2017, Mohamed Aboutrika a marqué
cette compétition par ses exploits. Attaquant vedette du très populaire club
cairote Al-Ahly, avec lequel il a remporté près d’une vingtaine de titres
nationaux et africains, il a été l’auteur des buts victorieux lors des finales
de la CAN en 2006 face à la Côte-d’Ivoire puis en 2008 contre le
Cameroun.
Un grand frère ou un sage
Sur Twitter ou sur la chaîne
qatarie BeIN Sports, où il a analysé de Doha les exploits des Pharaons, ses
commentaires ont été systématiquement repris par la presse et les internautes,
comme on le ferait pour les analyses d’un grand frère ou d’un sage.
La décision d’une juridiction
pénale du Caire, au début de la CAN, de l’inscrire sur la liste des terroristes pour financement de la confrérie interdite des Frères
musulmans, considérée depuis fin 2013 comme une organisation terroriste par le
pouvoir égyptien, n’a pas suffi à ternir son image aux yeux du public. Au
contraire, le footballeur a gagné en popularité, comme lorsqu’en mai 2015,
ses avoirs avaient été gelés par un comité gouvernemental chargé de confisquer
l’argent des membres des Frères musulmans, dont il a apporté publiquement le
soutien et qui fait aujourd’hui l’objet d’une répression acharnée par le régime
du président Abdel Fattah Al Sissi.
Le visage de Mohamed Aboutrika
orne toujours les rues du Caire. Parmi les vedettes figurant dans la
dernière campagne de promotion de la 4G de l’opérateur téléphonique Vodafone,
il reste une valeur sûre pour attirer les consommateurs.
Elu
à sept reprises meilleur joueur d’Egypte, l’attaquant a acquis une renommée
internationale durant sa carrière entre 1997 et 2013, récoltant plusieurs
distinctions dont le prix BBC du meilleur footballeur africain en 2008 ou
encore celle du meilleur buteur de la Coupe du monde des clubs FIFA
en 2006.
Même les plus ardents défenseurs de Sissi prennent sa défense
Le
week-end dernier, Ahmed Moussa, présentateur de la chaîne Sada El Balad, qui
est pourtant l’un des plus ardents défenseurs médiatiques du régime d’Al Sissi
et dont les méthodes journalistiques sont régulièrement dénoncées par la presse
d’opposition, n’a pas cessé de rappeler les faits de gloire du joueur par des
paraboles dithyrambiques : « l’historique
Aboutrika », « le
fulgurant »…
Repassant
en boucle les images de son but en 2008, Ahmed Moussa a exulté à la
manière d’un commentateur sportif : « Regardez
d’où il vient ! Aboutrika le fulgurant arrive du bout du monde pour mettre
le but et nous faire tous crier pour l’Egypte ! l’Egypte ! »
Si
la décision des autorités judiciaires d’accuser le joueur a attisé la colère
des contempteurs du régime d’Al Sissi, cette affaire a montré que l’aura de
l’ancien attaquant dépasse les clivages politiques. Véritable vedette de CBC,
l’une des chaînes de divertissement les plus regardées, la présentatrice
pro-régime Lamiss El Hadidi s’insurge : « Avec
tout mon respect pour la décision du tribunal, pourquoi Aboutrika serait-il un
terroriste ? »
Les
médias égyptiens n’ont pas non plus manqué de relayer l’hommage appuyé à ce que
Mohamed Aboutrika appelle lui-même les « martyrs » du massacre du
stade de Port Saïd. Le 1er février 2012, 72 supporters d’Al Ahly, le club
où il a évolué de 2004 à 2013, ont été tués à l’issue d’un match, sous les yeux
impassibles, voire complaisants selon certaines versions, des forces de
l’ordre.
Cette
année, les autorités ont interdit toute commémoration publique et une centaine
de membres supposés des Ultras Ahlawy, réunissant des supporters engagés du
club cairote, ont été arrêtés en janvier. Le même sort pourrait être réservé à
Mohamed Aboutrika s’il remettait les pieds sur le sol égyptien.
A
quelques mètres de la place Tahrir, hier soir, un jeune supporter déçu par la
défaite de l’Egypte prévient : « Si cela
devait arriver, on assisterait à une nouvelle révolution… » Le
député Riad Abdel Sattar a déjà annoncé le 30 janvier qu’il soumettrait
une déclaration urgente au premier ministre Chérif Ismaïl pour retirer le nom du
joueur de la liste des terroristes.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire